L’initiative sur l’or est le meilleur moyen de rendre au peuple les 20 milliards de la BNS

Interview dans Le Temps de lundi 12 août 2002

Le ténor de l’UDC juge que la Fondation Suisse solidaire est “la plus grande des bêtises”

Propos recueillis par Othmar von Matt et Yves Petignat


Comment voyez-vous l’avenir de l’AVS. Est-il assuré jusqu’en l’an 2012?

Christoph
Blocher: Les réflexions de l’UDC sur le financement montrent que nous pourrons continuer à financer les rentes pendant dix ans au minimum sans augmentation des cotisations, nouvelle retenue sur les salaires ou augmentation de la TVA. A condition que nous versions dans le Fonds AVS les 20 milliards résultant de la vente d’or dont la Banque nationale n’a plus besoin, et en reversant à l’AVS les revenus de cette somme. Ces réserves (20 milliards) ne devront pas être utilisées, mais uniquement les intérêts. Le contre-projet du Conseil fédéral propose de ne verser qu’un tiers des intérêts au Fonds AVS. Et, après trente ans, la fortune devrait aller à la Confédération et aux cantons et sera sûrement utilisée.

Les intérêts de ces 20 milliards ne sont-ils pas une goutte d’eau sur une pierre chaude, compte tenu des problèmes structurels (évolution démographique) qui attendent l’AVS?
Blocher
: Non. Une très puissante contribution. Si on compte avec 5% d’intérêt sur 20 milliards, cela donne un milliard par an. C’est toujours un demi pour cent de la cotisation sur le salaire ou de la TVA. Chaque année! Mais l’initiative sur l’or ne résout pas tous les problèmes de l’AVS. L’AVS est une assurance bon marché, qui fonctionne bien. Elle a deux difficultés: si l’économie va mal, il n’y a pas assez de personnes actives pour cotiser. Deuxièmement, la population vit plus longtemps. Ce qui provoque des problèmes de financement. Un oui à l’initiative sur l’or aide à résoudre ce problème.

N’est-ce pas une initiative contraire à la solidarité entre les générations? Pour les jeunes générations, n’aurait-il pas fallu investir dans la formation et la recherche, pour renforcer la place économique suisse?
Blocher
: Non. Je ne crois pas que nous manquions d’argent pour la recherche et le développement. Nous devons nous concentrer sur quelques projets prometteurs et là mener un travail acharné. Les résultats paient. Bien sûr, on pourrait trouver bien d’autres moyens d’utiliser l’or de la BNS. Mais nous devons investir là où c’est le plus nécessaire: dans l’AVS. Cela assurera les rentes et évitera de nouveaux prélèvements plus élevés. C’est profitable à tout le monde. Les jeunes profiteront donc aussi de l’initiative sur l’or.

Mais pourquoi ne pas remettre une partie de l’argent aux cantons pour diminuer leurs dettes?
Blocher
: Les cantons débourseraient cet argent de toute manière, ce qui renforcera simplement la quote-part de l’Etat dans l’économie.

Et pourquoi êtes-vous contre la Fondation Suisse solidaire?
Blocher
: Ce serait la plus grande des bêtises. Cette fondation a été créée parce que nous étions mis sous pression par les Etats-Unis. Les grandes banques ont payé tous les préparatifs pour mettre en place la fondation, qui leur permettra de se tenir pour quittes. Créons la fondation et nous serons mis sous pression chaque année par l’étranger. C’est évident. En plus, nous avons assez d’institutions sociales.

Est-ce que, dans le fond, la véritable raison de l’initiative sur l’or ce n’est pas votre opposition à la Fondation Suisse solidaire?
Blocher
: Non, nous l’avons lancée indépendamment de cela. Nous avons réfléchi sur la meilleure manière de rendre au peuple ces 20 milliards. Nous nous sommes décidés pour l’AVS parce que tout le monde ici peut en profiter. Mais des trois objectifs de distribution préconisés par le Conseil fédéral dans son contre-projet, la Fondation de solidarité est avec certitude la plus problématique. Avec cela, on distribue simplement l’argent à travers le monde.

Votre soutien à l’AVS laisse un doute, parce que vous avez aussi évoqué sa privatisation.
Blocher
: La question est: que faire quand, en raison de la situation économique ou du vieillissement de la population, nous n’arriverons plus à joindre les deux bouts avec l’AVS, telle qu’elle est organisée? Travailler plus longtemps, réduire les rentes? Augmenter les cotisations, augmenter les impôts? Fusionner avec le deuxième pilier? Peut-être y a-t-il encore d’autres solutions. On doit examiner cela ouvertement. Avec un oui à l’initiative sur l’or, les rentes sont au moins assurées pour dix ans, peut-être plus longtemps, selon la situation économique.

 

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